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Full text of "Françoise DOLTO Interview Revue Choisir 1979"

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Docteur  Françoise  DOLTO 
Psychanaliste 


Question  - Pourriez-vous  nous  dire  ce  que  sont  pour  vous,  les 
parents  bourreaux  d’enfants? 

Réponse  - En  général,  les  parents  maltraitants  sont  des  gens 
qui  ont  été  eux-mêmes  maltraités  étant  enfants,  adultes,  ils 
continuent  à se  détruire  à travers  l’enfant  qui  les  représente. 
Lorsqu’ils  violentent  leur  enfant,  c’est  toujours  contre  eux 
qu’ils  en  ont.  Que  ce  soit  en  les  brutalisant  ou  en  les  étouffant 
d’un  amour  négatif,  ils  ne  peuvent  faire  autrement  que  d’écra- 
ser leurs  propres  enfants.  Ils  reproduisent  ce  qu’ils  ont  connu. 
Si  donc  ces  parents  n’ont  pas  une  aide  psychothérapique,  ils 
sont  incapables  d’aimer  positivement.  C’est  un  cercle  vicieux 
qui  va  de  mère  en  fille  et  de  père  en  fils.  Si  un  père  brutalise  sa 
fille,  ou  si  l’amour  d’une  mère  pour  son  fils  est  de  mauvaise 
qualité,  c’est  tout-à-fait  différent,  c’est  sexuel  et  non  éducatif. 
Pour  beaucoup  de  ces  parents,  les  coups  sont  un  moyen  édu- 
catif, donc  une  preuve  d'intérêt,  sinon  d’amour.  Les  enfants 
ne  s’y  trompent  pas.  En  frappant  son  enfant  la*mère  se  fait 
plus  de  mal,  intérieurement,  quelle  n’en  fait  à l’enfant.  Très 
souvent,  ces  parents  sont  pris  au  jeu  de  la  violence  et  ne  savent 
+ plus  s’arrêter.  Ils  sont  intoxiqués  par  leur  colère,  par  lofât  igue 
. . ou  par  l'alcool  et  la  misère,  mais  ils  sont  conscients  qu’ils  per- 
dent leur  contrôle  ; en  Angleterre,  les  parents  bourreaux  d'en- 
fants se  réunissent  pour  s’entraider. 

Parmi  ces  parents,  il  y a aussi  des  parents  sadiques.  En  géné- 
' ral,  ce  sont  ceux  qui  ne  voulaient  pas  d’enfant.  Maintenant 
que  la  loi  sur  l’avortement  existe,  et  que  les  femmes  peuvent 
i choisir  leurs  maternités,  peut-être  y en  aura-t-il  moins  ? Côté 
enfant,  il  n’y  a pas  que  des  faibles.  Moralement  et  psychique- 
ment les  enfants  sont  très  souvent  plus  fort  s que  leurs  parents. 
Ce  n’est  pas  parce  qu’il  est  petit  que  l’enfant  est  forcément  fai- 
ble. Il  existe  des  enfants  pervers,  de  parents  normaux,  qui  font 
exprès  de  faire  ce  qui  est  défendu,  parce  qu’ils  veulent  mener 
leurs  parents,  et  être  les  plus  forts.  Il  faut  voir  le  regard  de  ces 
enfants  ! 

Q.  - N’est-ce  pas  parce  qu’ils  ressentent  un  manque  d’amour  ? 
I.  - Qu’est-ce  que  ça  veut  dire  le  manque  d’amour  ? 

Q.  - Pourquoi  l’enfant  serait-il  pervers,  alors? 

R.  - Parce  que  l’enfant  aime  provoquer  la  force.  Ça  l’amuse  ! 
c'est  exactement  comme  les  étudiants  qui  s’amusaient  à pro- 
voquer les  agents  de  Police  en  68.  Il  fallait  voir  ! Ils  aiment  se 
mesurer  : « Chiche  que  tu  n'oseras  pas  !...  » Voilà  ce  qu’ils  di- 
sent à leur  père. 

Q.  -Et  les  enfants  tués  qu’en  faites-vous? 

R.  - Tués  ? Et  bien  je  n’en  fais  plus  rien  puisqu'ils  sont  morts  ! 

Q.-Enfin,  il  y a bien  desparentsquivontjusqu’àtuerleuren- 
* fant  ! Vous  croyez  donc  que  l’enfant  le  cherche  et  qu’il  est  sui- 
cidaire  ? 

« R.  - C’est  bien  possible  oui.  Beaucoup  d’enfants  sentent  qu’ils 
ne  sont  pas  aimés  et  qu’ils  sont  piégés  à vivre.  Ce  sont  des  en- 
fants qui  n’ont  pas  été  désirés  et  dont  les  mères  n’ont  pas  pu 
avorter.  Ils  devraient  être  morts  puisque  personne  n’en 
voulait  ! Ils  ont  été  conçus  dans  un  acte  délinquant  et  en  ont 


conscience.  C'est  pour  cela  que  je  ne  suis  pas  contre  l’avorte- 
ment. 

Mais  malgré  tout,  presque  toujours,  ces  enfants  sont  attachés 
à leurs  parents  violents,  parce  que,  c’est  d’eux  qu’ils  reçoivent 
des  sensations  fortes. 

Ils  recherchent  le  câlin  ou  la  fessée  pour  voir  les  limites  de  l’a- 
mour et  les  limites  de  la  tendresse.  L’enfant  ne  supporte  pas 
l’indifférence. 

Q.  - Mais  est-ce  que  l’enfant  a le  choix  finalement  ? Lorsqu’il 
est  pris  entre  deux  adultes  violents  que  peut-il  faire? 

R.  - Il  n’a  pas  le  choix,  en  effet,  il  n’ose  même  pas  aller  se 
plaindre  à la  Police  car  il  a honte  de  ses  parents,  et  quand  un 
enfant  se  décide  à parler,  cela  se  termine  presque  toujours  de 
la  même  façon.  Les  policiers  convoquent  les  parents,  leur  font 
un  peu  de  morale  et  renvoient  l’enfant  dans  sa  famille,  en  sa- 
chant très  bien  qu’ils  renvoient  le  gosse  en  enfer. 

Ce  qu’il  faudrait,  c'est  que  l’école  soit  la  maison  des  enfants, 
qu’ils  s’y  sentent  chez  eux,  qu’ils  puissent  y dormir  à l’occa- 
sion. Sinon  l’enfant  ne  sait  pas  où  aller  en  cas  de  conflits 
graves  avec  ses  parents.  Les  voisins  refusent  de  se  mêler  aux 
histoires  d’enfants  aux  prises  avec  un  père  alcoolique  ou  para- 
noïaque. En  plus,  un  enfant  à la  rue  est  délinquant.  Chacun  a 
le  devoir  de  le  remettre  à sa  famille  quelle  qu’elle  soit.  Ce  qui 
est  à noter,  c’est  qu’un  père  ne  frappera  jamais  un  autre  enfant 
que  le  sien. 

Q.  - C’est  bien  parce  que  la  Société  lui  donne  cet  enfant 
comme  un  objet  qui  lui  appartient,  que  le  père  frappe  son  en- 
fant ? 

Ne  vaudrait-il  pas  mieux  changer  les  mentalités? 

R.  - Bien  sûr  que  si  ! Mais  c’est  en  éduquant  l’enfant  que  Ton 
peut  espérer  changer  les  mentalités.  Il  faudrait  dire  à l’enfant 
qui  se  fait  battre  qu’il  fait  honte  à ses  parents  en  se  faisant 
prendre  pour  un  chien. 

Autrement  dit,  il  conviendrait  d’expliquer  à l’enfant,  que  très 
souvent  c’est  lui  qui  s’arrange  pour  être  battu.  C’est  sa  ma- 
nière de  capter  l’attention  parentale.  Il  faudrait  donc  lui  ap- 
prendre à ne  pas  se  laisser  battre,  mais  aussi  à ne  pas  se  laisser 
tripoter  par  sa  mère.  Certaines  sont  écoeurantes,  dégoûtantes 
avec  leurs  enfants.  Leur  soi-disant  amour  est  de  l’inceste.  Il  y a 
des  mères  qui  laissent  leur  enfant  suçoter  leurs  nichons  toute 
la  journée  ! Des  enfants  de  vingt-deux  mois  ! Il  faudrait  dire  à 
ces  enfants  qui  servent  de  poupées  à leur  mère  : « Pendant 
combien  de  temps  vas- tu  rester  un  imbécile  ? » Bien  entendu, 
lorsque  l’on  fait  ce  genre  de  remarques,  les  mères  se  défendent 
« Il  est  encore  petit  » Or  ce  n’est  pas  vrai.  C’est  leur  excuse.  Ce 
genre  de  femme  aurait  besoin  d’un  enfant  tous  les  neuf  mois. 
Le  positif  de  l'histoire,  c’est  que  cela  permettrait  aux  aînés  d’ê- 
tre chassés  enfin  de  leur  mère.  Ils  pourraient  alors  réellement 
mûrir  affectivement  au  lieu  de  rester  accrochés  à elle. 

Q.  - Que  pensez-vous  de  la  loi  suédoise  punissant  tout  adulte 
qui  porte  atteinte  à l’intégrité  physique  ou  morale  de  l’enfant  ? 

R.  - Je  pense  que  cela  va  obliger  les  parents  à se  désintéresser 
de  leur  enfant,  ou  à se  sentir  coupables.  En  Suède,  les  parents 
n’ont  plus  de  droit  sur  l’enfant  dès  que  celui-ci  a douze  ans.  Il 
n’y  a plus  de  rapports  passionnels  entre  les  enfants  et  les  pa- 
rents. Or,  il  n’y  a rien  de  plus  suicidaire  que  le  manque  de  pas- 
sion. « Masturbe-toi,  ça  ira  mieux  après  ».  Voilà  ce  qu’ils  di- 
sent à leur  enfant,  si  celui-ci  se  plaint  de  ne  pas  avoir  d’amis, 
par  exemple.  Je  ne  juge  pas,  mais  c’est  un  comportement  qui 
n’est  pas  du  tout  latin. 

Quelquefois,  une  paire  de  claques  met  une  limite  aux  exac- 
tions de  certains  enfants. 

Q.  - La  relation  de  force,  c’est  que  l’adulte  est  toujours  plus 
fort  que  l’enfant,  c’est  indéniable  non  ? 

R.  - Bien  sûr  que  oui.  Mais  alors  il  faudrait  aussi  interdire  la 
Police  et  ne  pas  se  servir  de  la  force  contre  des  adultes  ? C’est 
pourtant  ce  qui  se  fait  ! 

Q.  - Oui,  mais  pour  l’enfant,  le  problème  est  le  même  que  celui 
des  femmes  battues.  C’est  parce  que  la  Société  permet  ce  genre 
de  relations  qu’elles  existent. 


R.  - C’est  pourquoi,  en  attendant  que  les  mentalités  changent, 
les  maisons  pour  femmes  battues  sont  utiles.  Mais  à mon  avis, 

, cela  ne  résoud  rien.  Nous  buttons  toujours  sur  le  problème  de 
l'éducation.  De  même  qu’il  y a des  enfants  qui  ne  sont  jamais 
chassés  de  leur  mère,  il  y a des femmes  qui  ne  sont  jamais  cou- 
> pées  de  leur  mari.  Je  veux  dire  quelles  ne  sont  pas  adultes. 
' Elles  ont  été  dépendantes  d’une  mère  ou  d'un  père,  puis  d’un 
mari  et  ensuite  des  assistantes  sociales.  Je  vous  parle  ainsi  car 
j'ai  envoyé  un  chèque  de  soutien  à l’une  de  ces  maisons  que  je 
suis  allée  visiter,  fai  vu  une  de  ces  femmes,  absolument  per- 
due, incapable  de  trouver  à s’occuper,  même  de  ses  enfants  qui 
sont  avec  elle,  complètement  soumise  à une  assistante  sociale 
du  lieu.  On  comprend  qu'un  homme  marié  à une  telle  femme. 
qui  attendait  d'elle  quelle  fasse  ce  quelle  avait  à faire,  en 
vienne  à lui  taper  dessus,  en  espérant  la  faire  changer.  Or,  elle 
est  incapable  de  changer,  c’est  une  infirme.  Et  il  y en  a d'autres 
dans  son  cas. 

L’Assistante  Sociale  me  disait  « Elles  viennent  là,  s’installent 
et  attendent.  Nous  ne  savons  qu’en  faire  ».  Pour  elles,  ces  mai- 
sons remplacent  leur  mari. 

line  de  mes  amies,  médecin,  a pu  voir  dans  des  hôpitaux  en 
Roumanie  et  en  Yougoslavie,  un  ou  deux  étages  réservés  aux 
femmes  battues  par  leur  mari,  bras  cassés,  jambes  cassées, 
côtes,  etc...  Toutes  ces  femmes  lui  ont  dit  « Cela  prouve  qu’il 
m’aime  ».  Elles  réagissent  de  la  même  manière  que  les  enfants 
battus. 

Q.  - D’une  certaine  façon,  vous  semblez  justifier  le  fait  que 
l’enfant  et  la  femme  soient  battus  par  quelqu’un  de  plus  fort. 

R.  - Je  ne  justifie  rien  ! Mais  je  dis  que  c’est  le  mari  qui  doit 
être  aidé  et  non  la  femme  battue.  Il faut  dire  au  mari  « Vous  ne 
pouvez  pas  vivre  avec  cette  femme  ».  Elles  sont  incapables 
d’entreprendre  quoi  que  ce  soit.  Elles  « poissent  » leur  mari, 
mais  ne  font  rien  pour  eux. 

Q.  - Vous  ne  pensez  pas  qu’il  y a des  enfants  battus  qui  souhai- 
tent ne  pas  l’être,  de  même  qu’il  y a des  femmes  battues  qui 
aimeraient  d’autres  relations? 

R.  - La  preuve  que  non  c’est  que  lorsque  l’on  sépare  un  enfant 
de  ses  parents  maltraitants,  celui-ci  se  meurt  de  chagrin. 

De  même,  la  femme  battue,  réfugiée  dans  ces  maisons  dac- 
^ cueil,  veut  revoir  son  mari.  Encore  une  fois,  les  coups  ne 
veulent  pas  dire  absence  d'amour.  Vous  savez,  quand  un  ni- 
1 veau  de  conscience  n'est  pas  atteint,  la  relation  génétique  ani- 
male est  la  meilleure.  Pour  certains  enfants  c’est  encore  mieux 
que  d’avoir  des  relations  plus  évoluées  avec  des  gens  payés 
I pour  cela.  Ce  sont  les  parents  bourreaux  d’enfants  qui  sont  les 
plus  attentifs  à leur  enfant  lorsqu’il  est  à l'hôpital  et  les  plus  re- 
vendiquants aussi  pour  qu’on  le  leur  rende. 

0. -N’est-ce  pas  une  comédie  sociale  pour  faire  bien  auprès 
ou  corps  médical  ? 

R.  - Ce  n’est  pas  du  tout  une  hypocrisie  de  leur  part.  Ils  sont 
■ exactement  comme  un  enfant  qui  ne  peut  se  passer  de  ses  ours 
ou  de  ses  poupées  qu’il flanque  dans  les  cabinets,  qu'il  tape  ou 
qu’il  perce  de  trous.  Pour  ces  parents  immatures,  l’enfant  est 
un  jouet,  un  fétiche. 

hnedonnepas  raison  à ces  parents,  maisilfaut  lesprendre  au 
niveau  où  ils  sont  pour  pouvoir  les  aider.  Nous  ne  pouvons 
pus  être  contre  eux,  puisque  nous  leur  demandons  de  sous- 
traire l'enfant  dès  que  l’un  des  deux  devient  agressif.  En  plus  il 
faut  faire  comprendre  à l’enfant  qu’il  ne  doit  pas  supporter 
leurs  violences. 

, Qî-  Mais  l’enfant  est  faible.  Il  dépend  de  ses  parents,  ne  serait- 
Ce  que  pour  la  nourriture  ? 

M -/1  Rio,  j'ai  vu  des  enfants  abandonnés  par  leurs  parents 

| depuis  l’âge  de  deux  ans.  Et  bien  je  n’ai  jamais  vu  d’enfants 
i uussi  heureux  et  confiants  dans  les  adultes.  Ils  n’ont  pas  de 
J norn>  pas  de  mère,  pas  de  père,  et  sont  nourris  par  tout  le 
I ^nde.  En  France  il  faudrait  dire  aux  gens  : « Chaque  fois 
j vous  entendez  dire  qu’un  enfant  est  battu  ou  malheureux 
1 Jhez  lui,  aidez-le  ». 

Ê Un  n'a  pas  dit  aux  parents  qu’ils  sont  responsables  de  tous  les 


enfants.  C’est  de  l’assistance  à personne  en  danger.  Mais  cela 
choque  trop  les  gens  en  France. 

Q. - Alors  concrètement,  si  un  enfant  nous  dit:  « Je  suis 
battu  »,  que  faut-il  faire  ? 

R.  - Il  faut  lui  dire  : « Ne  le  cherches-tu  pas  ? — Ne  veux-tu 
pas  faire  des  histoires  avec  tes  parents  ?»  C’est  l’enfant  qui 
trouve  la  solution.  Mais  il  n’a  pas  toujours  l’imagination  de 
la  trouver.  C’est  pourquoi,  il  faut  parler  avec  l'enfant  et  cela, 
dès  l'âge  de  trois  ans. 

Q.  - Mais  encore  une  fois,  si  c’est  un  bébé? 

R.  - Il  faudrait  davantage  de  crèches,  une  mère  qui  bat  son 
bébé  est  une  mère  qui  n’en  peut  plus.  Elle  ne  le  bat  pas  vrai- 
ment consciemment,  sinon,  elle  ne  l'élèverait  pas. 

Q.  - Mais  les  individu  ne  recherchent-ils  pas  plus  faible  qu’eux 
pour  affirmer  leur  autorité,  leur  puissance? 

R.  - Cette  démarche-même  prouve  leur  état  d’impuissance  et 
de  faiblesse  dans  la  Société.  Ce  sont  des  gens  qui  n’ont  pas  de 
vie  sexuelle  normale. 

Q.  - En  fait  l’enfant  appartient  aux  parents  et  la  femme  au 
mari.  Ce  côté  possessif  des  relations  peut-il  changer? 

R.  - Par  l’éducation  uniquement,  les  relations  entre  enfants  et 
parents  sont  des  relations  passionnelles,  pulsionnelles  et  in- 
cestueuses. Dans  les  cas  d'inceste,  c’est  la  fille  qui  n’est  pas 
éduquée,  et  le  garçon  non  plus,  l'école  n’enseigne  pas  l'interdit 
de  l’inceste.  Comment  voulez-vous  qu’une  petite  fille  sache 
que  son  frère  n’a  pas  le  droit  de  coïter  avec  elle  ! 

Q.  - Vous  parlez  4c  l'inceste  entre  frère  et  soeur,  mais  entre  pa- 
rents et  enfants  ? 

R.  - Dans  l’inceste  père-fille,  la  fille  adore  son  père  et  est  très 
contente  de  pouvoir  narguer  sa  mère  ! 

Q.  - Et  la  responsabilité  du  père  ? 

R.  - C’est  sa  fille,  elle  est  à lui.  Il  ne fait  aucune  différence  entre 
sa  femme  et  sa  fille,  ou  même  entre  être  l’enfant  de  sa  femme 
ou  bien  le  père  de  sa  femme.  La  plupart  des  hommes  sont  de 
petits  enfants.  Il  y a tellement  d’hommes  qui  recherchent  dans 
leur  femme  une  « nounou  ».  Et  des  femmes  qui  les  confortent 
dans  cette  idée-là  ! Alors  la  responsabilité  de  père,  à ce  ni- 
veau... 

Q.  - Dans  l’acte  incestueux,  il  y a bien  un  traumatisme  pour  la 
fille,  non  ? 

R.  - Evidemment,  qu’il  y a traumatisme  ! Nous  ne  vivons  pas 
dans  une  Société  où  ces  choses  sont  permises.  Résultat,  la  fille 
ne  peut  pas  se  développer  normalement,  car  ses  pulsions  sont 
occupées  à un  lieu  où  elles  ne  devraient  pas  l’être  encore.  Il  se 
produit  un  blocage  dans  l’évolution  de  l’intelligence. 

Quant  aux  enfants  incestueux,  il  vaut  mieux  leur  dire  la  ma- 
nière dont  ils  ont  été  conçus. 

Q.  - Donc,  la  petite  fille  est  toujours  consentante? 

R.  - Tout-à-fait. 

Q.  - Mais  enfin,  il  y a bien  des  cas  de  viol  ? 

R.  - Il  n'y  a pas  viol  du  tout.  Elles  sont  consentantes. 

Q.  - Quand  une  fille  vient  vous  voir  et  qu’elle  vous  raconte  que 
dans  son  enfance,  son  père  a coïté  avec  elle,  et  qu’elle  a ressenti 
cela  comme  un  viol,  que  lui  répondez-vous? 

R.  - Elle  ne  l'a  pas  ressenti  comme  un  viol.  Elle  a simplement 
compris  que  son  père  l'aimait  et  qu’il  se  consolait  avec  elle, 
parce  que  sa  femme  ne  voulait  pas  faire  l’amour  avec  lui. 

Q.  - Bien.  Comment  expliquez-vous  alors  le  traumatisme  de 

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la  fille  si  elle  est  consentante  ? 

R.  - Je  vous  l’ai  dit,  son  traumatisme  vient  du  fait  que  sa 
sexualité  ne  peut  pas  se  développer  normalement,  puisque  la 
sexualité  se  développe  à partir  de  l’interdit  de  l’inceste.  C'est 
l’interdit  de  l’inceste  qui  valorise  la  sexualité.  Cet  interdit  in- 
tervient quand  l’enfant  désire  l’inceste,  c’est-à-dire  à partir  de 
trois  ans  jusqu’à  13  ans  environ.  Quand  tout  se  passe  bien,  la 
sexualité  se  déplace  et  ne  se  fixe  plus  sur  le  père  ou  sur  la  mère. 
Le  fait  qu’un  enfant  doit  faire  plaisir  à ses  parents  est  déjà  une 
forme  d’inceste.  Or  toute  notre  éducation  est  basée  justement 
sur  cette  notion  de  plaisir  « Fais  moi  plaisir  mange  ta  soupe  ». 
C’est  per\’ers.  C’est  vicieux  ! Bien  des  filles  en  arrivent  à cou- 
cher avec  leur  père  pour  faire  plaisir  à leur  mère.  « Va  dans  le 
lit  de  ton  père,  il  aime  les  caresses,  et  toi  aussi,  moi  j’en  ai  as- 
sez ! ». 

Q.  - D’après  vous,  il  n’y  a pas  de  père  vicieux  et  pervers? 

R.  - Il  suffit  que  la  fille  refuse  de  coucher  avec  lui,  en  disant 
que  cela  ne  se  fait  pas,  pour  qu’il  la  laisse  tranquille. 

Q.  - Il  peut  aussi  insister  ? 

R.  - Pas  du  tout,  parce  qu’il  sait  que  l’enfant  sait  que  c’est  dé- 
fendu. Et  puis  le  père  incestueux  a tout  de  même  peur  que  sa 
fille  en  parle.  En  général  la  fille  ne  dit  rien,  enfin  pas  tout  de 
suite. 

. - Nous  insistons  peut-être  beaucoup,  mais  enfin  nous  savons 
qu’il  y a des  petites  filles  violées  par  leur  père  et  qui  ne  sont  pas 
du  tout  consentantes. 

R.  - Dans  ce  cas-là,  elles  tombent  malades.  La  sommatisation 
dérobe  l’enfant  à son  père.  C’est  une  manière  inconsciente  de 
se  soustraire  à l’acte  incestueux. 

Q - Et  il  n’y  a jamais  de  troubles  psychiques  à vie  chez  ces 
filles  ? 

R. -Si,  les  hôpitaux  psychiatriques  sont  pleins  de  malades 
comme  cela.  C’est  pourquoi  l’avortement  devrait  permettre  à 
des  adultes  immatures  de  ne  pas  avoir  d’enfant. 

Q.  - L’ennui,  c’est  que  les  femmes  qui  avortent  ne  sont  pas 
celles  qui  se  sentent  immatures.  Au  contraire,  en  général,  les 
femmes  qui  avortent  sont  des  femmes  assez  conscientes. 

Par  contre,  il  y a des  enfants  qui  se  font  comme  ça,  sans  réflé- 
chir... 

R.  - Bien  sûr,  mais  il  y a des  gens  qui  sont  écrasés  par  des  diffi- 


L’enfer 


d’une  fillette  de  13  ans 

Depuis  sept  ans  que  sa  mère  s’est  suicidée,  Frédérique 
vit  avec  son  père,  Michel  Faivre.  C’est  un  homme  de 
quarante-six  ans  brutal,  buveur  et  déjà  condamné  pour 
divers  cambriolages.  Frédérique  a l’habitude  des  coups, 
ils  font  partie  de  sa  vie  quotidienne.  Pourtant,  le  jeudi 
14  juin,  quelque  chose  craque  en  elle.  Son  père  lui  re- 
proche de  ne  pas  avoir  fait  les  courses  pour  le  dîner,  et 
une  fois  de  plus,  une  violente  dispute  éclate  dans  le  stu- 
dio de  la  rue  Frédéric  Chopin  à Antony. 

Que  se  passe-t-il  dans  la  tête  de  l'adolescente  ? Tou- 
jours est-il  qu’elle  s’empare  d’une  carabine  22  long  rifle, 
et,  profitant  du  fait  que  son  père  est  endormi,  lui  tire 
une  balle  dans*  la  tempe.  Après,  elle  sonne  chez  son 
voisin,  un  policier  en  retraite,  et  lui  raconte  ce  qui  vient 
de  se  passer.  « J’en  avais  assez  des  coups  et  des  injures  », 
lui  dira-t-elle. 

Frédérique  a été  déférée  au  parquet  de  Nanterre,  qui 
a confié  l'enquête  à la  police  des  mineurs.* 

C.  P. 


cultés  économiques  et  qui  vivent  dans  une  tension  nerveuse 
permanente.  Ils  ont  des  enfants,  c’est  vrai,  mais  ne  peuvent 
pas  les  supporter.  Ce  sont  ces  gens-là  que  l’on  devrait  aider. 

Q.  - Auriez-vous  une  suggestion  à faire  au  sujet  de  tous  ces  en- 
fants maltraités? 

R.  - Je  n’ai  pas  vraiment  réfléchi.  J'avais  déjà  simplement  de- 
mandé à ce  que  l’on  fasse  une  différence  entre  les  enfants  mi- 
neurs. Par  exemple,  une  fille  est  obligée  de  prendre  un  autre 
homme  pour  éviter  l'inceste.  Or  lorsqu'une  fille  de  13  ou  14 
ans  quitte  le  domicile  parental  pour  fuir  le  père,  celui-ci  est  en 
droit  de  la  reprendre.  Une  fois  revenue  à la  maison,  il  peut  la 
violer  par  correction  paternelle.  Il  la  tabasse,  il  la  saoûle  et  ilia 
viole.  C’est  très  bien,  c’est  ïe  père  ! Il  a également  le  droit  delà 
mettre  en  maison  de  correction. 

Je  peux  vous  citer  un  cas  où  le  père  est  le  proxénète  de  sa  fille 
de  13  ans.  Ce  monsieur  est  un  petit  cadre,  un  ingénieur,  et  la 
famille  vit  dans  une  H.L.M.  de  banlieue.  Comme  c’est  le  père, 
personne  ne  dit  rien. 

On  pourrait  donc  faire  des  lois  qui  décident  qu’à  partir  de  la 
nubilité,  une  fille  n’est  plus  mineure.  Bien  entendu,  ceci  n’au- 
rait de  valeur  que  si  les  enfants  sont  instruits  de  la  vie  sexuelle. 
Malheureusement,  aucun  député  ne  serait  élu  ! Une  fille  de  15 
ans  devrait  également  décider  seule,  si  elle  veut  garder  l’enfant 
quelle  porte,  alors  que  dans  la  majorité  des  cas  on  l’oblige  à 
avorter. 

Q.  - Il  n’y  aurait  donc  plus  de  détournement  de  mineurs  ? 

R.  - Non  à partir  du  moment  où  le  jeune  serait  averti. 

Q.  - Vous  ne  pensez  pas  qu’il  y a quand-même  un  déséquilibre 
entre  une  nubile  de  13  ans  par  exemple,  et  un  adulte  che- 
vronné ? 

R.  - Je  ne  crois  pas,  à partir  du  moment  où  le jeune  est  libre  de 
choisir.  En  France,  il  y a une  incurie  de  l’éducation  des  filles. 

Q.  - C’est  tout  le  problème  du  féminisme.  Nous  estimons  que 
les  femmes  ne  devraient  pas  être  infantilisées,  mais  être  des 
adultes  à part  entière. 

R.  - Oui,  tout  est  à reprendre  à ta  base. 

Q.  - Donc  le  Patriarcat  est  à remettre  en  question  radicale- 
ment. Car  c’est  malgré  tout  ce  système  qui  est  en  vigueur  ac- 
tuellement ? 

R.  - L’effort  de  l’éducation  doit  tendre  à développer  l’autono- 
mie de  l'enfant,  donc  de  l’individu.  Sinon  l’enfant,  fille  ou  gar- 
çon, conservera  plus  tard,  le  besoin  que  l’on  fasse  tout  pour 
lui.  A plus  forte  raison  si  l’enfant  a une  mère  possessive.  Ac- 
tuellement, les  enfants  conservent  le  besoin  qu’on  fasse  tout 
pour  eux.  Ils  ont  des  mères  qui  ont  besoin  d’avoir  des  petits, 
alors  ils  jouent  les  petits. 

Q.  - Ne  pensez-vous  pas  que  les  mères  reproduisent  avec  l’en- 
fant le  système  dans  lequel  elles-mêmes  ont  été  piégées? 
Elles  se  sentent  peut-être  les  petites  filles  qui  doivent  être  pro- 
tégées par  le  mari  qui  est  un  peu  leur  père  ? 

R.  - En  effet,  mais  le  mari  n’est  pas  le  père,  il  est  la  mère.  C’est 
pour  cela  qu'il  a tous  les  droits.  Il  est  la  mère  de  sa  femme.  Ces 
femmes  battues  dont  je  vous  parlais  qui  arrivent  dans  la  mai- 
son d'accueil,  cherchent  une  mère  et  elles  ne  s’occupent  pas  de 
leurs  propres  enfants,  elles  veulent  qu’on  s’occupe  d’elles. 

Q.  - Notre  mouvement  préconise  le  partage  des  tâches  ména- 
gères. Ainsi  l’image  que  l’enfant  aurait  des  parents  serait 
moins  stéréotypée.  Qu’en  pensez-vous? 

R.  - Pour  cela,  il  faut  que  les  parents  le  souhaitent  vraiment. 
Mais  c’est  à essayer,  en  effet,  pour  que  l’enfant  ne  soit  plus  le 
bébé  à sa  maman,  mais  bien  l’enfant  de  son  père  et  de  sa  mère. 
Pour  cela,  il  faut  déjà  des  parents  adultes,  autonomes,  et  non 
pas  des  êtres  qui  cherchent  à se  faire  materner,  ou  à exercer 
leur  autorité  sur  plus  faibles  qu'eux,  pour  compenser  leur  im- 
puissance.■ 


« 


A propos  de  l’entretien 


avec 


le  Dr  F.  DOLTO 


Le  discours  du  Dr  DOLTO  sur  l’enfant  battu  et  la  femme 
(mère  ou  femme  battue)  appelle  quelques  remarques. 
L’homme  restant  le  grand  absent  de  ce  débat. 

Il  est  regrettable  que  ce  discours  trop  souvent  révèle 
une  insensibilité  et  une  dureté  certaines  à l’égard  de  l’enfant  ; 
celui-ci,  alors  même  qu’il  est  à défendre,  est  accablé.  L adulte 
homme  ou  femme  est  protégé  par  le  discours  officiel  de  la  psy- 
chologie et  de  la  psychanalyse. 

Comment  peut-on  affirmer  que  « Battre  un  enfant  fait  plus 
de  mal  à la  mère  qu’à  l’enfant  » ?,  que  « l’enfant  aime  les  sensa- 
tions fortes  » ? Les  parents  feraient-ils  œuvre  pédagogique  en 
battant  leurs  enfants  ? Les  enfants  tués  ne  seraient  alors  qu’un 
accident  du  « travail  parental  ».  Et  pourquoi  ne  pas  battre  de 
temps  en  temps  les  adultes  pour  tester  si  eux  aussi  n ont  pas 
besoin  de  ces  mêmes  sensations?  N’a-t-on  jamais  pensé  que 
les  coups  donnés  à l’enfant  étaient  tout  simplement  un  abus  de 
pouvoir  et  qu’ils  pouvaient  être  ressentis  comme  parfaitement 
iniques  ? 

Ce  faux  point  de  départ  du  discours  officiel  de  la  psycholo- 
gie actuelle  — à savoir  admettre  les  coups,  semble  bien  rétro- 
grade en  1979  — La  France  en  est  à l’attitude  molièresque. 
«Les  parents  ont  raison  de  battre  leurs  enfants»  dit  F. 
DOLTO,  «une  bonne  claque  n’a  jamais  fait  de  mal  à per- 
sonne »,  alors  que  la  Suède  adopte  une  loi  interdisant  toute  at- 
teinte à l’intégrité  physique  et  morale  de  l’enfant,  en  vigueur  à 
partir  de  juillet  1979. 

Le  constat  d’attachement  des  enfants  martyrs  à leurs  bour- 
reaux n’est  pas  moins  aberrant.  Ne  serait-il  pas  juste  défaire 
remarquer  que  ces  enfants  n’ont  pas  d’autre  choix  que  de  vivre 
cet  attachement  à leurs  propres  bourreaux.  N’est-ce  pas  une 
vision  sadique  et  bien  phallocratique  d’admettre  l’existence  de 
relations  affectives  sous-tendues  et  même  alimentées  par  la 
violence  et  la  perversion  ? 

Ce  qui  revient  souvent  dans  les  exemples  de  Mme  DOLTO, 
c’est  que  l’enfant  est  pervers,  provocateur.  Au  fond,  semble 
dire  la  démonstration,  s’il  reçoit  des  coups,  il  ne  l’a  pas  volé. 
Mais  là  encore  ne  faut-il  pas  tenir  compte  du  rapport  de 
force  ? N’est-ce  pas  l’adulte  qui  a toujours  la  plus  grande  force 
que  lui  ? Certes  les  enfants  sont  pervers,  mais  les  adultes  ne  le 
sont  pas  moins  (et  peut-être  plus  mais  ce  n’est  pas  souligné).  A 
perversion  égale,  l’adulte  détient  le  pouvoir  social  et  économi- 
que, nourricier  et  affectif.  Cela  lui  confère  tous  les  droits  et  il 
en  abuse.  La  meilleure  des  preuves,  c’est  qu’à  partir  d’une  cer- 
taine force  physique,  ou  d’une  certaine  autonomie  des  en- 
fants, on  n’ose  plus  les  battre  en  France  comme  ailleurs. 

L’assimilation,  faite  par  deux  fois,  des  parents  à la  police  est 
curieuse  et  instructive.  La  police  apparaît  pacifique  et  neutre 
en  face  d’une  jeunesse  qui  provoque  les  coups  et  les  sollicite. 
Les  parents  sont  les  bons  flics  protecteurs  d’enfants  ingrats  et 
provocateurs.  Il  est  normal  dans  cette  perspective  que  les  en- 
fants soient  livrés  sans  défense  à des  adultes  en  armes.  Rappe- 
lons qu’il  y a des  détenus  qu’on  tabasse  à mort  dans  les  com- 
missariats et  des  femmes  qui  sont  violées  par  des  policiers  en 
service. 

Admettre  que  l’enfant  évolue  dans  une  structure  carcérale, 
c’est  aider  cette  structure  carcérale  et  la  renforcer. 

Par  ailleurs,  à travers  les  exemples  donnés  et  des  phrases 
comme  « les  enfants  aiment  les  sensations  fortes  »,  « les  petites 
filles  qu’on  viole  se  sentent  aimées  par  leur  père  »,  « elles  ado- 
rent leur  père  et  veulent  faire  nique  à la  mère  » ! ! « l’adoles- 
cente enceinte  doit  aller  au  bout  de  sa  maternité  »,  il  apparaît 
que  le  discours  de  l’adulte  et  des  théories  officielles  veut  déte- 


nir la  vérité  du  corps  de  l’enfant  ou  de  l’adolescent.  De  même 
que  le  corps  de  la  femme  était  « dit  » jusqu’à  présent  par  des 
hommes,  le  corps  de  l’enfant  est  dit,  à sa  place,  par  des  adultes 
qui  occultent  la  vérité  des  enfants  parce  qu’ils  en  tirent  des 
avantages  divers  et  une  inébranlable  bonne  conscience. 

Enfin  on  ne  peut  que  déplorer  l’absence  de  l’homme  dans  le 
tableau  de  l’enfance  malheureuse.  Le  silence  fait,  le  plus  sou- 
vent, sur  lui,  n’est-il  pas  une  marque  de  respect  implicite  pour 
ce  qu’il  représente  ? Il  est  épargné,  peu  responsable,  à proté- 
ger. Pourquoi  ? 

Lorsqu’il  s’agit  des  femmes  battues,  les  coups  qu’elles  reçoi- 
vent sont  justifiés. 

« L’homme  tape  dessus  en  se  disant  qu’elle  va  changer  ». 

Inversement,  la  femme  a toujours  le  rôle  coupable.  Elle  est 
le  plus  souvent  citée  (comme  donneuse  de  coups  aux  enfants, 
c’est  elle  qui  déglingue  les  enfants).  Elle  laisse  se  faire  un  tripo- 
tage dégoûtant  parce  que  l’enfant  suçote  son  sein  (pourquoi 
cette  véhémente  indignation  dans  ce  cas  et  une  énonciation 
calme  de  l'inceste  du  père  sur  la  fille  « qui  se  console  de  ne  pou- 
voir faire  l’amour  avec  sa  femme  » !) 

C’est  la  mère  qui  fourre  sa  fille  dans  le  lit  du  père  ! ou  la  fil- 
lette qui  aime  trop  son  père. 

La  condition  maternelle  est  glorifiée  par  ailleurs  puisqu’il 
faud  rait  qu’une  adolescente  enceinte  aille  au  bout  de  sa  mater- 
nité. Est-il  bien  sérieux  de  croire,  dans  l’état  actuel  des  choses, 
à l’épanouissement  physique  et  psychique  d’une  adolescente 
de  15  ans  qui  deviendrait  mère? 

Le  discours  chrétien  que  sous-entend  cette  prise  de  position 
est-il  bien  charitable  envers  une  jeune  femme  qui  verrait,  le 
plus  souvent,  toute  sa  vie  hypothéquée  par  une  telle  nais- 
sance ? 

Que  dire  également  du  romantisme  latino-chrétien  qui 
voudrait  que  l’information  (pratiquée  dans  le  Nord  de  l’Eu- 
rope) sur  les  mécanismes  du  corps,  contraigne  les  individus  à 
vivre  de  seuls  sentiments  ? Alors  que  la  démarche  que  nous  su- 
bissons est  exactement  inverse  — c’est  parce  que  nous  igno- 
rons nos  corps  que  nous  compensons  cette  ignorance  dans 
une  affectivité  débridée  ou  pathologique  qui  rend  notre  vie  en 
société  si  peu  authentique,  si  absurde  et  cruelle.  Comment  ac- 
cepter cet  obscurantisme  dont  la  femme  — et  par  contre  coup 
l’homme  — a jusqu’à  présent  fait  des  frais  — Femme  mysti- 
fiée, plus  souvent  que  mythifiée,  pendant  20  siècles  de  culture 
judéo-chrétienne  à travers  l’ignorance  de  sa  sexualité  et  l’irres- 
ponsabilité de  sa  maternité.  Mais  plusieurs  points  méritent 
qu’on  les  souligne  car  ils  sont  constructifs  : 

- L’école  doit  être  la  maison  des  enfants,  leur  refuge  ; un  lieu 
où  la  sexualité  soit  enseignée  pour  une  autonomie  et  une  auto- 
défense de  chaque  individu.  Très  tôt,  dès  trois  ans,  dès  la  ma- 
ternelle. 

- Les  adultes  doivent  prêter  assistance  aux  enfants.  La  T.  V.,  la 
radio,  doivent  contribuer  à faire  comprendre  ce  rôle  protec- 
teur des  adultes  (à  condition  qu’il  s’agisse  d'authentiques 
adultes,  notion  qui  reste  à définir  tant  du  côté  masculin  que  fé- 
minin !) 

- Les  lois  doivent  faire  la  différence  entre  les  enfants  non  nu- 
biles et  les  enfants  nubiles  qui  devraient  devenir  juridique- 
ment autonomes  et  ne  plus  dépendre  des  décisions  parentales. 

(1)  ^ 

Beatnce  Jade 

(I)  L’Allemagne  a adopté  en  mai  1979,  deux  lois  qui  accordent  dès  14  ans. 
l'autonomie  juridique  aux  adolescents.